Municipales : la droite pro-Macron fait sa rentrée

Le Monde du 26/08/19.


Le maire d’Angers et proche d’Edouard Philippe, Christophe Béchu, doit réunir le 30 août plusieurs dizaines de maires divers droite qui souhaitent « la réussite du président de la République » à quelques mois des élections municipales. 


Le maire d’Angers Christophe Béchu devant sa mairie en avril 2014. JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Au printemps, ils avaient fait redouter une hémorragie de ralliements de maires de droite vers la majorité au moment des municipales. Pour la rentrée, les 72 élus qui avaient souhaité en juin dans Le Journal du dimanche « la réussite du président de la République et du gouvernement » se retrouvent pour transformer l’essai. Vu par ses détracteurs comme le fer de lance du gouvernement pour chasser sur les terres du parti Les Républicains (LR), le groupe de La République des maires a cependant essuyé quelques camouflets du parti présidentiel au cours de l’été. A l’époque, l’état-major de LR avait minimisé l’initiative et pointé du doigt la dérive d’une poignée d’« âmes faibles », selon les mots de Jean Leonetti, se jetant dans les bras d’une majorité avide d’ancrage territorial.

Vendredi 30 août, ces maires « macroncompatibles » se réuniront pour la première fois à Angers, pour établir les statuts de leur association, définir un bureau exécutif, mais aussi discuter « vivre ensemble » et transition écologique, deux thèmes sur lesquels ils seront invités à présenter chacun une initiative éprouvée localement. « On va vivre cette journée entre nous. Cela sera certainement suivi d’un événement à l’automne, à Paris, en marge du Salon des maires », explique l’instigateur du rassemblement, le maire d’Angers et proche d’Edouard Philippe, Christophe Béchu, qui a quitté Les Républicains en novembre 2017.

Delphine Bürkli, maire du 9e arrondissement de Paris partie de LR en juin, la maire UDI d’Amiens, Brigitte Fouré, et celle d’Albi, Stéphanie Guiraud-Chaumeil (divers droite), le maire de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) Arnaud Péricard (divers droite), le radical Christophe Bouchet à Tours, ou encore l’ex-LR Olivier Carré d’Orléans feront le déplacement. Au total, quarante-cinq communes seront représentées, bien mois que les soixante-douze de départ et en dépit du fait que La République des maires revendique désormais une centaine de membres.


Convergence au centre

Une poignée de signataires ont accentué leur convergence au centre : en juillet, le maire de Fontainebleau, Frédéric Valletoux, a rejoint Agir, le parti formé par d’anciens élus de droite pro-Macron, tandis qu’à Poissy, Karl Olive a annoncé, mercredi 21 août, qu’il ne renouvellerait pas sa carte à LR et serait candidat à sa réélection sans étiquette, comme en 2014.

Pour le maire de Poissy, lui-même fondateur d’une autre association d’élus, Génération Terrain, revendiquant 280 membres, le refus des alliances avec LRM par Christian Jacob a été l’élément déclencheur. « La goutte qui a fait déborder le vase ne date pas d’hier, elle date quasiment de la présidentielle », dit cependant l’ancien dirigeant sportif, jugeant que la campagne de François Fillon « ne passait pas » sur le terrain.

Des défections ont certes rapproché des maires de la majorité, mais dans le même temps, des investitures du parti présidentiel ont aussi douché les espoirs d’élus signataires, notamment quand des « marcheurs » locaux ont refusé de s’incliner à leur profit.

A Quimper, la députée LRM Annaïg Le Meur a été investie face à Ludovic Jolivet, ex-LR qui avait pourtant agité le drapeau blanc en rejoignant Agir fin mai. A Vannes, Patrick Le Mestre a été investi par LRM contre un autre des 72, le maire sortant et ex-LR David Robo. Et, à Bordeaux, le « marcheur » Thomas Cazenave a été investi contre Nicolas Florian. « C’est une erreur, estime Christophe Béchu qui doit rencontrer dans les prochains jours le successeur d’Alain Juppé (qui n’est pas membre du groupe pour le moment), c’est l’homme qu’il faut aujourd’hui à Bordeaux. »

« Ce genre de décision m’a malheureusement conforté dans l’idée que LRM est un mouvement qui n’a pas encore d’implantation locale : ils ont une vision des réalités sur les territoires qui est, disons, perfectible », ajoute le maire d’Angers. Le premier ministre lui-même a regretté que des élus favorables au gouvernement aient des adversaires LRM face à eux.

A ceux qui voyaient dans sa tribune une manœuvre de survie, Christophe Béchu répond désormais que son association, preuve en est faite, est loin d’apporter la garantie de ne pas avoir de concurrent « marcheur ».


Limites du dialogue à droite

« Appartenir à cette association, ce n’est pas décrocher un totem d’immunité contre des initiatives partisanes ou vis-à-vis de La République en marche, dit-il, reprenant une expression du premier ministre, Les appréciations se font situation par situation. Il y a aussi une diversité dans les maires, entre ceux qui peuvent souhaiter un soutien, d’autres pas forcément. »

Signe des limites du dialogue à droite tissé par Edouard Philippe, les déjeuners avec des élus institués depuis son entrée à Matignon ont été suspendus face aux protestations de l’aile gauche de la majorité - « ils disaient que ça faisait trop happy few », raconte un élu de droite. Mais le dialogue n’est pas rompu et reprendra sous un nouveau format, encore indéfini, poursuit-on de même source.

Selon l’expression du chef du gouvernement, « la poutre travaille » encore et le lien subsiste, mais faute de bras toujours ouverts en face, l’élan des maires de droite vers la majorité pourrait bien faiblir.

Fin mai, juste après le résultat des européennes – 8,48 % pour la liste de François-Xavier Bellamy – certains élus LR paniqués étaient prêts à brader les sièges sur leur liste, pour en donner 20 % à des « marcheurs », raconte un sénateur. « Depuis ça s’est beaucoup calmé », dit-il. Le président du Sénat, Gérard Larcher, assure pour sa part que « le choc des européennes est en train de s’éloigner. Je sens qu’aujourd’hui les maires se sont repris, ils n’ont pas les yeux rivés sur les résultats des européennes ». Gérard Larcher reprend en septembre son tour de France, baptisé « France Territoires », pour fédérer la droite et le centre en vue du printemps 2020 et au-delà.

Christian Jacob, pressenti pour succéder à Laurent Wauquiez à la présidence de LR, a lui-même durci le discours envers les élus : « La composition des listes municipales aura un impact direct sur les sénatoriales. Il n’est donc pas question de laisser se nouer des accords cachés avec LRM qui contribueraient à faire battre nos candidats aux sénatoriales », a-t-il dit au JDD début août.

Enfin, comme le soulignait L’Opinion le 22 août, les maires de droite Macron-compatibles sont confrontés à un arc-en-ciel de labels pour affirmer leur posture, des étiquettes et identités parfois surimposables. Le même jour que les ateliers angevins de La République des maires, les élus de La France audacieuse font leur rentrée à Nice sous le parrainage de Christian Estrosi et du maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc. Différence notable, les deux hommes sont pour l’heure encore membres du parti Les Républicains. Et le lendemain, la présidente d’Ile-de-France et ex-LR Valérie Pécresse, qui a elle aussi l’intention de délivrer des labels aux édiles, organise la rentrée de Libres ! à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Sans doute faudra-t-il attendre la fin de la foire pour compter les étiquettes ou au moins noter leur absence.


Julie Carriat